L'huile CCL à la maison


"Never go anywhere without a knife"


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J'ai écrit ceci il y a plusieurs mois...

25-AOU-2012

    En coutellerie il existe un produit qui fait des merveilles sur les manches en bois de couteaux. Il vernit le manche, fait ressortir le grain, donne de la profondeur, fait briller, protège contre l'humidité. C'est un produit anglais nommé CCL knife handle oil. Je m'en suis même servi avec d'excellents résultats sur du micarta fait maison sur base jean. Il se compose de deux produits. Le premier bouche les pores et tend à "glacer" un peu la surface. Il sèche très vite. Le second doit se mélanger au premier (une goutte du second au milieu de l'auréole du premier sur un chiffon) afin de rendre la surface brillante et avec des reflets profonds. Le résultat est d'autant plus remarquable que le bois est peu dense. En effet les bois denses sont souvent un peu huileux de façon naturelle et ça aide bien au polissage pour l'aspect esthétique.

    Le hic c'est qu'on en comsomme pas mal. J'utilise au moins six couches avec le premier flacon: 3 seules et 3 avec le second flacon. Et comme on plaque l'ouverture du flacon contre un chiffon c'est en fait lui qui en pompe le plus. Le premier truc pour en consommer moins c'est de l'étaler avec le bout du doigt (avec un gant en latex si possible). Entre les frais de port et le prix lui-même, on parle ici de 25 EUR au bas mot pour 2 X 50 ml.

    Le second flacon n'est simplement que de l'huile de lin, basique, pas chère, on vous en jette un litre à la tête à l'Hyper pour pas un rond. Bien sûr impossible d'acheter le flacon n°1 seul. Il y a bien une variante du kit en 250+100 ml mais là ça frise l'indécence.

    Reste plus qu'à essayer de trouver comment en faire soi-même. Je vous dis tout de suite d'oublier les vernis et autres huile de Tung, de Chine etc. Le résultat n'atteint pas celui de l'huile CCL.

    J'ai cherché sur Internet et j'ai trouvé une seule petite recette. En français (sans garanti de justesse), il semble que le flacon n°1 soit du vernis au tampon. On doit même en trouver de ce produit dans le commerce. Mais il semble que les menuisiers et autres ébénistes se fassent le leur. La recette contient en faible quantité deux ingrédients peu commun aux diverses recettes de vernis au tampon. Mais avec cela, il faut toujours un long temps de séchage entre les couches. Songez qu'avec la CCL, je passe mes 6 couches en une journée facile et le lendemain matin c'est bien sec et près à recevoir l'ultime couche de cire de carnauba. Bref j'ai encore imaginé un ingrédient. Ce sont des essais, faites vos propres expériences.

Ingrédients (à tous choisir aussi translucide que possible si on ne veut pas changer la teinte du bois)
- alcool isopropylique 99.5°
- des plaquettes de gomme laque décirée le plus clair possible
- du colophane
- du gomme mastic de Chios ou gomme Damar
- du siccatif au cobalt (c'est un produit qui accélère le séchage)

    Si vous connaissez une bonne recette de vernis au tampon ou d'ersatz de CCL avec des résulats équivalents, écrivez-moi et je l'a partagerai ici en vous donnant la paternité de la recette.

    Il s'agissait d'une ébauche d'article en prévision de la fin de mon kit CCL


30-MAI-2013

    Me fiant aux plus expérimentés, j’ai par le passé acheté le petit kit « CCL knife handle polish set » en finition « glossy » (brillante). 2 flacons de 50 ml et 10 cm2 de papier de verre P800 pour 22 à 25 EUR, bien plus avec d’éventuels frais de port. Il faut avouer qu’avec une application relativement peu disciplinée (je ne ponce pas toujours entre les couches, je prends ce que j’ai comme chiffon, je laisse sécher très peu de temps, je l’ai même mis avec succès sur du micarta maison…) j’ai toujours eu des résultats exceptionnels de beauté pour un amateur. Bien sûr un pro du vernissage trouverait à y redire, mais moi je n’ai jamais obtenu mieux avec d’autres formes de vernis, huile, etc.

    Le premier flacon contient une sorte de vernis épais sensé boucher/lisser la surface. Souvent je mets 3 couches. Le second flacon contient une huile. Il faut mettre une goutte de cette huile sur le chiffon préalablement imbibé du vernis et repasser typiquement 3 couches. Résultat : le flacon 1 est vide, le 2 plein à 90..95%. Il existe un kit pour « pro » avec 250 ml de vernis et 100 ml d’huile. 60 EUR. C’est bien meilleur marché que le kit pour amateur. Mais le prix reste rédhibitoire.

    J’ai décidé d’essayer de faire mon propre vernis. J’imagine qu’à la fin ça coutera plus cher et plus de temps qu’un bête achat, mais faut bien s’amuser un peu dans la vie… Voici un condensé du fruit de mes recherches.

    Le vernis est un vernis tampon ou vernis au tampon ou vernis anglais ou vernis français (chez les Allemands et les Anglais) ou ou ou. Il y a des tonnes de produits de ce type. Mattine de gomme laque, huile mono, fondur, popotte, je n’y comprends rien… Disons que vous trouverez sur le marché de la menuiserie ébénisterie lutherie antiquité beaucoup de vernis à base de gomme laque (shellack en anglais et en allemand). Ils sont beaucoup moins chers. Je n’en ai expérimenté aucun. Si vous avez une bonne expérience avec un tel produit, n’hésitez pas à m’écrire et je posterai ici vos recommandations.

    J’ai voulu aller un pas plus loin et faire tout de A à Z. On trouve autant de recettes de vernis tampon que d’auteurs, chacun avec sa recette traditionnelle, ancestrale etc. Bref je suis parti pour faire 2..3 mélanges tests. Ce serait étonnant que ça marche du premier coup. Pour commencer voici les grandes lignes résumées


1 le vernis

    Le constituant principal est de l’alcool: alcool à brûler à 95°, à 99°, de l’alcool éthylique 95°, de l’alcool fin à vernir, de l’essence de térébenthine pure gemme… Souvent 1 litre ou 1000 g selon les recettes. Il semble que plus le produit est pur/raffiné, mieux c’est. Moi j’avais encore de l’alcool isopropylique/isopropanol à 99.9%. Selon le Net : « […] L’alcool isopropylique est un bon solvant pour les cires, les huiles, les résines et de nombreux autres produits. Ainsi, il est surtout utilisé comme solvant dans les formulations de vernis, peintures, couches d'apprêt, encres, décapants et adhésifs […] »

    Ensuite le produit le plus important: la gomme laque (le fameux shellack). Vous pourrez chercher seul de quoi c’est issu. Selon les recettes, il faut 110 à 200 g. On le mélange à l’alcool qui dissout ce produit souvent en paillettes et on filtre le résultat après une semaine. Voilà ça peut suffire. On choisit la gomme laque la plus claire possible et décirée afin de ne pas affecter la teinte du bois (sauf si on voulait teinter un bois clair). Dans d’autres proportions le mélange sert aussi de durcisseur de cuir, surtout côté chair (peut-être un autre article un jour)

    On peut ajouter d’autres gommes d’origine naturelle, selon les recettes en quantité plus faible de l’ordre de 20..25 g. Entre autres, mastic de Chios, colophane, gomme Damar, gomme Elemi, gomme Sandaraque, copal, benjoin de Siam…etc.


2 l’huile

    Les huiles doivent sécher naturellement et durcir. Elles doivent protéger le bois contre les agressions (surtout l’humidité) et si possible le durcir. C’est l’huile qui fait ressortir la beauté des veines du bois.

    La plus utilisée est l’huile de lin. Elle sèche assez vite, jaunit avec le temps et offre une résistance moyenne à l’eau. L’huile de lin dite « cuite » sèche plus vite.

    Des pays scandinaves, on a l’huile dure aussi appelée huile scandinave ou Danish oil. Sans doute les conditions climatiques plus dures et les bicoques en bois les ont forcés à améliorer l’huile de lin. Plus chère, excellents résultats sur les couteaux selon les sources

    La plus chère, qui ne jaunit pas et qui sèche plus lentement mais qui a l’avantage d’être très dure et résistante à l’eau, l’huile de tung (huile de Chine, huile de bois de chine ou huile d’abrasin, c’est tout pareil).

    Attention toutes ces huiles se polymérisent en durcissant tout en dégageant de la chaleur. Le risque d’inflammation du chiffon est réel. Il faut toujours le mouiller avant de le jeter. Bien entendu je ne l’ai jamais fait mais je vous le dis.

    La première couche doit souvent être passée diluée (térébenthine ~30-50%, huile de citron incolore ~10%, huile d’orange ambrée ~10%…) et/ou chauffée (40..55°C) afin de faciliter sa pénétration en profondeur.

    Les huiles ne séchant pas assez vite, on peut/doit leur ajouter du siccatif.

    Il y a aussi d’autres additifs recommandés pour donner de la souplesse (20 ml de térébenthine de Venise) ou jouer le rôle de plastifiant (60 ml de glycérine mais elle retarde le séchage).


3 le tampon (le truc qui sert à appliquer les produits)

    Il faut de laine de la taille d’un œuf qu’on emballe dans un linge non pelucheux de type coton ou lin pour former une sorte de chaussette. On passe le tampon dans le sens des fibres pour faire pénétrer un produit ou par mouvements rotatoires (j’adore ce mot trouvé récemment) ou en forme de « 8 » pour un polissage. Certains chargent la boule centrale avec le vernis ou juste de l’alcool, d’autres le tissu par-dessus. En application coutelière, on pourra se limiter à un œuf de pigeon pour la taille de la chaussette…

    Il y a aussi le coton à mécher.

    Jusqu’à aujourd’hui avec le kit CCL j’ai toujours pris du coton issu de vieux sous-vêtements.

    Je laisse de côté le bouche-porage avec de la ponce soie ultra fine. Tout ce que j’ai écrit dépasse déjà de loin le cadre de cette page d’amateur. Il s’agissait surtout de centraliser des infos.


Les essais

    J’ai obtenu tous les produits dans une droguerie (en ligne! C’est comme les stations services, y en a plus en France). Certains se trouvent en grande surface (Castarama, LegrosMerlin…) Je suis parti sur des bases de départ de 50 ml d’alcool isopropylique histoire de ne pas gâcher les produits

Recette n°1
-    50 ml d’alcool isopropylique pur à 99.9%
-    7.125 g de gomme laque blanche cirée*
-    1.25 g de colophane
-    1 g de gomme Damar
*la variante plus sombre dite blonde était décirée mais je voulais quelque chose d’aussi incolore que possible quitte à filtrer la cire séparée et déposée au fond
Coût : 1.41 EUR/50 ml

    C’est la première recette que j’avais trouvée. La plus complète et cela me semblait chiadé. J’ai un peu augmenté la quantité de gomme laque à la suite de diverses lectures et remplacé le mastic de Chios d’origine (hyper cher) par de la gomme Damar bon marché, ayant les mêmes vertus à ceci près que le mastic de Chios jaunit beaucoup moins dans le temps. Mais vue la faible quantité et l’écart de prix exceptionnel…

    J’ai pesé le plus précisément possible avec des balances de labo à mon boulot (pourquoi ? Parce qu’entre ma balance ménagère et celles de labo je n’avais rien d’autre pour de si faibles quantités) et mesuré les volumes à la bête seringue.


Oui vous lisez bien: 4 chiffres après la virgule... Matos de labo, très cher...



Le tout est mélangé dans un petit flacon.


.
A gauche ma recette N°1, à droite une tentative de recette de durcuisseur de cuir.


     Il faut secoué plusieurs fois par jour pendant 7 jours. Cela se dilue très lentement et colle souvent au fond. Pensant que la chaleur aiderait la dilution, j'ai stocké les flacons sur mon chauffe-eau à l'abri de la lumière.


31-MAI-2013

    Examen du mélange après environ 24 heures. Selon mon thermomètre infra rouge il fait environ 31°C au dessus du chauffe-eau. J'ai encore secoué le tout vigoureusement.


Au dessus c'est de la laine de verre car j'ai isolé un peu plus mon chauffe-eau. Ça lui fait une chouette
couverture à mon mélange. Au dessus un liquide clair, au fond un dépôt.



Photo pour mieux voir les dépôts ou plutôt les constituants pas encore dilués/dissous. Dans le premier
la gomme Damar est pratiquement comme avant introduction, tout juste des angles qui semblent
s'être arrondis un peu (ça ressemble à du sucre candy) et une couleur beaucoup plus blanche.
A droite mon durcisseur pour cuir.


03-JUN-2013

    Voilà 4 jours que je secoue vigoureusement au moins une fois le matin et une fois le soir le mélange. La gomme Damar a bien fondu, les plus gros blocs font moins de 3 mm à présent. Avant chaque secousse, on trouve toujours une sorte de mélange diphasique avec dépôts (mais très fins) en bas.

    Faisant des étuis, j'ai déjà utilisé le durcisseur pour cuir tel quel (pas de filtration) sur du cuir (collet) tanné végétal au bout de deux jours. Cela semble bien remplir la fonction attendue.


06-JUN-2013

    Ce soir on est 7 jours après établissement du mélange. Depuis 2 ou 3 jours j'ai l'impression qu'il ne passe plus rien. Il reste deux petits morceaux de gomme Damar qui ne semblent plus vouloir se dissoudre et deux phases
- une légère de couleur huile de tournesol, très pure
- une plus lourde, plus blanchâtre et épaisse qui rappelle un nuage dans le ciel.


09-JUN-2013

    Hier j'ai sorti mes deux flacons de sous l'isolant du chauffe-eau, je les secoués et je les ai posé verticalement ailleurs. Ce matin après 9 fois 24 heures de "décoction" je l'ai comparé au produit que j'essaie de refaire.


De gauche à droite: le "vernis" CCL, mon vernis tampon et mon durcisseur de cuir.


    Il y a un sacré dépôt. Est-ce de la cire ou simplement la solution qui est saturée? En tout état de cause, comme toutes les recettes indiquent qu'il faut filtrer, je suppose qu'il y a toujours ce genre de dépôt quelques soit la recette. Point positif, la coloration de la copie est la même que celle de l'originale. Etonnant... Coup de bol sans doute.Le durcisseur pour cuir est plus homogène, quasi épais. Bon comment filtrer sans que cela ne dure des jours? Par expérience je sais que souvent le filtre se bouche et plus rien du tout ne passe avec ce genre de mélange. Je veux éviter que l'alcool ne s'évapore. Forcer le tout à passer dans une "chaussette"?


16-JUN-2013

    C'est finalement au bout de 15 jours environ que j'ai tenté de filtrer mes deux mélanges. Non pas qu'il faille attendre si longtemps mais simplement je n'ai pas trouvé le temps ou l'envie plus tôt. J'ai choisi d'essayer avec un bas, penadnt m'affranchir de l'absorption excessive d'un tissu. Exit aussi le filtre à café avec lequel j'ai connu des fortunes diverses par le passé.

    L'ersatz de CCL est passé très vite par le bas de Nylon. Le mélange est resté trouble. Pour le durcisseur de cuir cela a duré très longtemps. Au bout d'un quart d'heure j'en avais marre et j'ai pressé mécaniquement à la main ce qui restait dans le bas. Mélange trouble également. Je suppose que les méalnges vont encore se séparés. Pour que cela ressemble au produit original, je pense qu'il ne faut que la phase légère supérieur et transparente. Soit je trouve un filtre plus fin, soit je prélève à la seringue après décantation.


La filtration de la recette N°1 à travers un bas dans un entonnoir.



Détail du filtrat restant dans le bas.


    Ayant achevé un couteau à pissenlits avec un manche en noyer, j'ai testé la recette N°1 encore trouble. Le produit à l'air beaucoup moins épais et collant que l'original. Il semble sécher aussi vite. 3 couches de vernis seul, puis 3 couches avec une goutte de l'huile CCL du flacon N°2 (vu qu'il m'en reste 95%). Comme je disais, moins épais, moins collant, tout sèche aussi vite. Le résulat me semble très similaire. Pour l'instant on ne peut pas parler d'échec.


La photo le rend mal, mais le manche en noyer brille de mille feux et les veines ressortent bien.


17-JUN-2013

    J'ai continué la "filtration".


J'ai aspiré à la pipette la partie haute du flacon de gauche pour la mettre dans celui de droite.



Le reste je l'ai filtré avec un filtre à café (oui j'ai cédé...)



Même avec un filtre en papier le mélange reste trouble.



Et surtout ça dure des plombes! Sans compter que le papier aspire et garde une partie du précieux mélange.



Deux heures plus tard
- le filtre est encore plein au tiers
- le filtrat se décante plus vite que le filtre ne se vide
Désabusé, j'ai pressé au mieux à la main en arrêtant là l'expérience.


18-JUN-2013

    J'ai pu extraire davantage de vernis clair de la portion filtrée hier par le filtre à café.


24 heures après filtration par filtre à café: un nouveau dépôt. J'ai pu extraire environ la moitié de la
partie claire avec une pipette. Au delà l'aspiration entraîne également le dépôt dans la pipette. Il
faudrait un récipient large en bas et fin en haut (façon mini Erlenmeyer).


19-JUN-2013

    J'ai transvasé ce qui reste de filtrat dans un flacon de diamètre inférieur afin de faire "remonter" le niveau de liquide clair pour pouvoir l'aspirer plus tard.


20-JUN-2013

    Malgré le niveau plus haut dans le petit flacon, la pipette a tendance à aspirer le dépôt. Je vais attendre plusieurs jours pour voir s'il ne se compacte pas un peu au fond.


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